26 INTERNATIONAL MEDIA COVERAGE UNITED KINGDOM NETHERLANDS cipaux inspirateurs de la Déclaration d’indépendance ne figure pas parmi les signataires. Thomas Paine n’a pas non plus de statue à Philadelphie, mais une place porte son nom au centre de la ville. Son pamphlet Common Sense («Sens Commun»), publié au début de l’année 1776, est une attaque cinglante contre la monarchie britannique. Le livre s’arra- che, on en lit des extraits dans les taver- nes. Son influence, conjuguée avec les ba- tailles qui viennent d’avoir lieu à Boston, précipite la Déclaration d’indépendance. Le baron Ludwig von Closen, officier français et l’un des aides de camp du gé- néral de Rochambeau, décrit Philadel- phie comme «une ville charmante avec soixante-douze rues tirées au cordeau. Les boutiques abondent en marchandises de toutes espèces.» L’une d’elles est l’atelier de tissus d’ameublement de Betsy Ross, transformé aujourd’hui en un petit mu- sée. C’est là que, selon la tradition, Geor- ge Washington vient passer commande d’un drapeau pour son armée, avec des étoiles et des bandes symbolisant les trei- ze colonies. Betsy Ross aurait conseillé au général d’adopter des étoiles à cinq bran- ches, plus faciles à découper. Le choix de George Washington par le Congrès fut une décision presque aussi conséquente que la Déclaration d’indépendance. Meilleur stratège que tacticien, ce général capable de gagner une guerre sans rem- porter de batailles a légué aux États-Unis un exemple de mesure et de dignité en présentant sa démission après la guerre. Son épée et sa tente de campagne sont présentées comme des reliques dans le Musée de la Révolution américaine, avec son étendard personnel. Mais le musée n’élude pas les complexités de l’histoire, et notamment l’âpre guerre civile entre les partisans et les adversaires de l’indé- pendance. «Beaucoup de visiteurs décou- vrent ainsi des aspects qu’ils ignoraient», dit Matthew Skic, le directeur des collec- tions et expositions. La révolution améri- caine n’appartient pas encore entière- ment aux musées. Le terme de «patriote» et le drapeau de Betsy Ross sont souvent brandis par les partisans de Donald Trump, qui se présentent comme les héritiers des insurgés de 1776, prêts à se battre pour défendre leurs droits. Leurs adversaires aussi. En octobre der- nier, une immense manifestation natio- nale a eu lieu pour protester contre les abus de pouvoir de ce lointain successeur de George Washington. Ses slogans, «No kings» et «Le roi, c’est la loi», étaient di- rectement tirés de Thomas Paine. ■ L a salle a été préservée avec soin. Les tables sont recou- vertes de nappes de feutrine verte, avec des plumes dans les écritoires. Des chaises en bois reproduisent celles des délégués des treize colonies américaines, qui signent dans cette pièce la Déclara- tion d’indépendance, par un chaud mois de juillet 1776. Le seul mobilier d’époque est celle du président de séance, avec son dossier gravé d’un soleil levant. Ajoutée un peu plus tard, elle sert à George Washington lors de l’adoption de la Constitution, dans la même salle, en 1787. «C’est l’endroit où est née notre nation, fondée sur les principes de liberté et de re- présentation», explique le guide en uni- forme du National Park Service. Les visi- teurs prennent en silence des photos de ce lieu historique. Si l’indépendance américaine a été gagnée sur un champ de bataille à l’échelle d’un continent, la véritable ré- volution s’est déroulée dans cette salle de taille modeste, au centre de Philadel- phie. Independance Hall est à l’époque la Pennsylvania State House, l’Assemblée de la colonie de Pennsylvanie. Philadel- phie est alors la plus importante ville américaine, la plus peuplée et la plus moderne. Elle a aussi été choisie pour son emplacement géographique, au mi- lieu des treize colonies, à une époque où les voyages sont longs et difficiles. C’est à Philadelphie que le soulèvement des co- lonies se transforme en révolution. Un premier Congrès s’est déjà réuni en 1774 dans un bâtiment voisin, le Carpenters’ Hall. Mais les délégués se considèrent toujours comme des sujets de la Couron- ne britannique. Mécontents de se voir imposer des taxes sans être représentés au Parlement de Londres, ils cherchent encore une conciliation. Tout change à partir de l’année suivan- te. Le deuxième Congrès crée une armée et nomme George Washington pour la commander. Et en 1776, l’Assemblée proclame l’indépendance des colonies, dans l’un des documents les plus in- fluents de l’histoire contemporaine. Les mots du préambule sont restés célèbres : «Nous tenons pour évidentes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmis les- quels la vie, la liberté et la recherche du bonheur.» La conclusion est sans appel : «Lorsqu’une forme de gouvernement de- vient destructive de ces fins, le peuple a le droit de la modifier ou de l’abolir.» «Nous déclarons solennellement (…) que ces colo- nies unies sont et doivent être des États li- bres et indépendants; qu’elles sont absou- tes de toute allégeance à la Couronne britannique (…). Tout lien politique entre elles et l’État de Grande-Bretagne est tota- lement dissous.» Adrien Jaulmes Envoyé spécial à Philadelphie La ville où a été déclarée l’indépendance des colonies américaines en 1776 célèbre avec faste le 250e anniversaire de cet événement à la portée mondiale. Après, aucun retour en arrière n’est possible. Quand les délégués ajoutent en conclusion : «Mettre en jeu nos vies, nos fortunes et notre honneur sacré», il ne s’agit pas d’une figure de style : en cas d’échec, ils risquent le châtiment réservé aux traîtres. «Le choc qu’a pu constituer ce document ne saurait être sous-estimé, ni l’extraordinaire influence qu’il a pu avoir par la suite», explique James Taub, histo- rien et conservateur adjoint au Musée de la révolution américaine à Philadelphie, qui consacre une exposition spéciale consacrée aux legs de la Déclaration : «The Declaration Journey». Le texte inspire la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen, une série de révolutions dans les Caraïbes et en Amé- rique latine, et sert d’exemple aux mou- vements de décolonisation à travers le monde. «Aux États-Unis, la Déclaration d’indépendance est d’abord un peu éclipsée par la Constitution, dit James Taub, mais elle retrouve son importance au moment de la guerre de Sécession, quand elle est invo- quée par Abraham Lincoln. Elle sert de nouveau à appuyer les mouvements pour le droit de vote des femmes et l’extension des droits civiques dans les années 1960.» Philadelphie célèbre en 2026 le 250e anniversaire de sa signature comme si c’était un peu le sien. Les magasins de souvenirs vendent des reproductions du document sur des tasses et des tee-shirts, et des figurines représentant ses rédac- teurs les plus célèbres. Deux sont devenus présidents : Thomas Jefferson, le philoso- phe et propriétaire terrien de Virginie, avec sa plume inspirée et ses ambiguïtés sur la question de l’esclavage; son ami et rival John Adams, l’avocat et intellectuel de Nouvelle-Angleterre. Mais le plus po- pulaire est un citoyen de la ville : Benja- min Franklin, mélange de savant de la Renaissance et d’inventeur moderne, gé- nial et excentrique. Sa maison n’existe plus, mais un musée lui est spécialement consacré. L’un des prin- PHILADELPHIE, lieu de naissance de la nation Philadelphie ÉTATS-UNIS CANADA Yorktown Boston New York Newport Charleston Washington Les treize colonies : 1. New Hampshire 2. Massachusetts 3. Rhode Island 4. Connecticut 5. New York 6. New Jersey 7. Pennsylvanie 8. Maryland 9. Delaware 10. Virginie 11. Caroline du Nord 12. Caroline du Sud 13. Géorgie 1 2 2 4 3 5 6 7 8 9 10 11 12 13 250 km Y aller Avec Air France, le vol Paris-Philadelphie en juillet est à partir de 1160 € l’A/R via Détroit (vol intérieur assuré par Delta Air Lines). Airfrance.fr Se loger Au Morris House Hotel, une adresse de charme dans une ancienne villa géorgienne de l’époque de l’Indépendance. À partir de 155€ la nuit. Morrishousehotel.com Nos bonnes tables Friday Saturday Sunday. L’un des nouveaux restaurants de Philadelphie, étoilé au guide Michelin en 2025. Menu dégustation : 158 €. Fridaysaturdaysunday.com Forsythia. Une cuisine moderne et créative, d’inspi- ration française. Autour de 18 € pour les petites faims et à partir de 40 € pour un poulet rôti à la truffe noire sauce chasseur. Forsythiaphilly.com Reading Terminal Market. Grand marché couvert, pour déguster un Philadelphia Cheese Steak, l’une des spécialités de la ville. Readingterminalmarket.org À ne pas manquer Independance Hall : là où fut signée la Déclaration d’indépendance, et la Constitution américaine. Le premier siège du Congrès se trouve dans le bâtiment voisin. Entrée 0,85 € (gratuit de 9h à 9h50). Recreation.gov/ticket/facility/234639 Musée de la Révolution américaine. Le meilleur musée consacré à cette période historique. Entrée : 21,50 €. Amrevmuseum.org Elfreth Alley. L’une des plus vieilles rues avec ses petites maisons du XVIIIe siècle, dont les propriétaires organisent chaque année au mois de juin une journée portes ouvertes. Elfrethsalley.org Visite guidée. Une excellente façon de découvrir Philadelphie et ses champs de bataille, avec une guide française experte. Compter 50 € en petit groupe pour 2h30. Histoiresdevoirphiladelphie.com se renseigner DiscoverPHL.com +carnet de route LES VILLES RÉVOLUTIONNAIRES Les États-Unis fêteront les 250 ans de leur indépendance tout au long de l’année 2026. Cette semaine Le Figaro vous emmène dans cinq villes fondatrices, explorant les sites historiques et racontant ce qu’elles ont conservé de cette époque dans leur atmosphère et leur personnalité. 4/5 Phil Degginger/Alamy via Reuters/Alamy Stock Photo, AP Photo/Matt Slocum, Rosemarie Mosteller/stock.adobe le figaro vendredi 2 janvier 2026 27 v o y a g e FRANCE Strategic investments in targeted digital campaigns, reinforced Philadelphia’s global reputation as a must-visit destination for business and leisure. INTERNATIONAL MARKETING ITALY